![]() |
![]() |
LA FOLLE COURSE A LA LIQUIDITE ET A LA SOLVABILITE DES MARCHES Par Mory Doré
Certains marchés financiers présentent des dysfonctionnements depuis près de 4 ans. La course à la liquidité et au respect des contraintes de solvabilité pour des banques et certains états budgétairement fragilisés n'a été et n'est assurée que par des dispositifs de financement et de recapitalisation non conventionnels et par des solutions d'urgence avec la création de structures ad-hoc.
|
![]() ![]() |
|||
| _______________________________________________________________________________________________________ _______________________________________________________________________________________________________ |
||||
Ce n'est pas faire du catastrophisme que de souligner que deux états certes "petits" de la Zone Euro n'ont plus accès au financement normal de leur dette par adjudication ou même syndication sur les marchés de capitaux. Tout juste peuvent-ils émettre à 3-6 mois en payant le prix fort. Refinancement devenu totalement anormal de nombres d’établissements financiers Là encore, et l'on n'aura rien inventé, ce n'est pas non plus du catastrophisme que de constater que nombre d'établissements bancaires appartenant à la « zone PIGS » n'ont pas accès à un financement normal de leurs besoins de trésorerie, car leurs émissions de certificats de dépôts ne seraient souscrites par aucun OPCVM monétaire (Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières, Obligataires ou Monétaires), ou leur financement s’avèrerait impossible sur le marché interbancaire de l'Euribor de 1 à 12 mois. La part des opérations de refinancement de 3 mois à 1 an LTRO (Long Term Refinancing Operations) de la Banque Centrale Européenne (BCE) représente les 2/3 de la liquidité allouée au système bancaire de la zone, tandis que les opérations normales de 1 semaine à 1 mois MRO (Main Refinancing Operations) ne représentent que 1/3 de la liquidité octroyée. En situation de fonctionnement normal du marché monétaire, comme entre 1999 et 2007, on avait une répartition de respectivement 10 et 90 %. Craintes de la BCE d’une concurrence forte entre Banques et Etats Voilà pour la course à la liquidité des banques. Et en Europe, la BCE ne cache pas ses craintes d’une concurrence forte entre Banques et Etats. Le montant des dettes des banques arrivant à échéance en 2011-2012 s’élève à 1 000 Md€ et celles des Etats à environ 1 150 Md€. |
Pour la course à la solvabilité des banques, il aura fallu la présence des états durant l'automne 2008 pour sauver bon nombre d'établissements bancaires. Ces états se sont tellement surendettés que l'on a incité « gratuitement » les banques à porter de plus en plus de papiers obligataires émis par leurs propres sauveurs. Conditions de refinancement à taux courts très faibles. Ou mobilisation des papiers achetés auprès de la banque centrale afin d'obtenir de la liquidité pas chère, en étant de plus en plus souple sur les critères d’éligibilité des papiers permettant de récupérer de la liquidité. Ressources insuffisantes du FESF pour assurer la liquidité de nouveaux états fragiles Pour la course à la solvabilité de certains états, on a usé de remèdes destinés à résoudre leurs problèmes de liquidité sur 2010-2012, par le FESF (Fond Européen de Stabilité Financière), par l’UE (Union Monétaire) ou par le FMI (Fonds Monétaire International), et non leurs problèmes structurels d'endettement.
|
|||
| _______________________________________________________________________________________________________ _______________________________________________________________________________________________________ |
||||
Trois types de risques sont à surveiller étroitement. Contagion de la crise à de nouvelles banques ou états Les besoins en liquidité et en capital sont énormes et il ne faudrait donc pas que la situation se complique avec des besoins de liquidité et de capital non anticipés à ce jour (je ne pense même pas aux règlementations prudentielles). Situation préoccupante des Municipal Bonds US La situation des Municipal Bonds US (Obligations émises par les collectivités locales américaines) reste préoccupante et on ne sait pas aujourd'hui quels seraient les impacts d'un krach de ces Municipal Bonds sur les dépréciations d’actifs de banques aux US, et par contagion en Europe, et donc sur des besoins de recapitalisation supplémentaire inattendue. Il faut savoir qu’aujourd'hui ces Municipal Bonds ne sont plus garantis par un assureur obligataire (les fameux Monoline). Le métier originel de ces assureurs était de garantir ces Bonds mais ils se sont vite égarés en étendant leurs garanties aux structurés de crédit les plus toxiques. Résultat des courses, ils ont tous disparu depuis 3 ans, de CIFG à AMBAC (dernière victime) en passant par FSA et MBIA. Tarissement à prévoir des flux financiers d’origine asiatique Sujet que nous évoquons souvent, l'évolution du mode de croissance des économies émergentes en général et de l’économie chinoise en particulier. Il paraît difficile d'envisager une rupture de ce modèle de croissance dans les prochain mois. Il faut néanmoins garder à l’esprit que le passage d’un modèle de croissance basé sur les exportations à un modèle de croissance fondé sur la consommation intérieure aurait des conséquences potentiellement dévastatrices sur les flux de financement internationaux. Premièrement, baisse des excédents commerciaux chinois et donc diminution de l’excès d’épargne mondial, ce qui aurait pour effet de faire remonter les taux longs partout dans le monde. Deuxièmement, abandon de la nécessité d’intervenir sur le marché des changes afin de rester compétitif à l’export, et arrêt de l’accumulation de titres d’état en dollars, livre sterling et en euros (avec comme conséquence des risques de forte remontée des taux obligataires). Ce n’est sûrement pas pour la semaine prochaine mais il faut prévoir dès maintenant que les marchés l’anticiperont bientôt. Comme je l’ai déjà indiqué, il ne faut surtout pas se laisser impressionner par les annonces asiatiques de soutien des dettes périphériques européennes. Il s’agit plutôt ici de réemployer une partie des réserves de change en euro des banques centrales d’Asie. Donc pas d’effets significatifs à attendre sur la parité de l’euro contre d’autres grandes devises. Il s’agit aussi d’un signal politique destiné à « intimider » les Etats Unis. De toute façon, le sens de l’histoire est bien plus celui d’un rapatriement inéluctable à terme des excédents d’épargne asiatique que d’une réallocation d’une épargne investie en titres d’état US vers une épargne investie en titres d’état de la zone Euro, Core et périphérique. Ainsi au lieu de concentrer son énergie sur l’analyse des statistiques américaines et européennes (type ISM US, PMI Zone Euro voire créations d’emploi et ventes de détail aux US) qui furent longtemps des market movers incontournables, je conseillerai volontiers de passer de plus en plus de temps à analyser l’évolution du bilan des banques centrales asiatiques, ou des réserves de change de ces mêmes banques centrales, ou des différentes contributions à la croissance chinoise (exportations, investissement, consommation, etc…). Tout un programme et une sacrée adaptation intellectuelle en perspective. |
Renchérissement significatif du coût de la liquidité, de la dette et du capital pour la décennie à venir En conclusion, et dans un contexte de course effrénée à la liquidité et à la consolidation des ratios de solvabilité, nous confirmerons que la décennie qui s’ouvre est celle d’un renchérissement significatif du coût de la liquidité, de la dette et du capital. Cela veut dire que, excepté le loyer de l’argent à court terme « administré » par les banques centrales, il faut s’attendre d’ici 6 à 18 mois, et durablement, à des remontées fortes et structurelles de tous les coûts de refinancement à moyen et long terme. Ce qui signifie hausse des taux des emprunts d’état de la zone Euro Core, de la Grande Bretagne et Etats Unis. Hausse des taux des emprunts d’état des pays périphériques de la zone Euro (accroissement du risque général et du risque spécifique). Hausse des spreads (prime de risque) sur la dette Corporate Investment grade et high yield (obligations à haut rendement émises par des entreprises). Hausse des spreads sur la dette bancaire senior et naturellement sur la dette subordonnée des banques et assurances. Enfin baisse des actions sous l’effet de vastes programmes d’émissions.
Mory Doré Boursovision 03 / 2011 |
|||
Contact - Avertissement - Conditions d'utilisation du site - Mentions légales - Déclaration CNIL n° 1259407 - Copyright © Boursovision. com - Tous droits réservés - Partenariats |