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QUELLE EST LA SITUATION FINANCIERE DES BANQUES ?
QUELS RISQUES ENCOURENT-ELLES ?


Par Mory Doré

 

En tant que professionnel des marchés exerçant mes activités dans une banque, je suis naturellement très souvent sollicité, tant d’un point de vue professionnel que d’un point de vue personnel, sur la santé des banques. Et je me trouve souvent confronté à la question qui tue: une banque universelle peut-elle faire faillite ? 
La réponse est, de mon point de vue, non.

Mais encore faut-il expliquer avec objectivité, rigueur et professionnalisme, pourquoi.
En essayant surtout d’éviter tout catastrophisme inutile et auto-réalisateur qui mettrait un établissement financier en difficulté. En essayant également de ne pas tomber dans l’autosatisfaction des dirigeants politiques et économiques parlant de solidité du système bancaire européen. Il faut savoir que la solidité suppose une situation confortable en termes de liquidité et de solvabilité, ce que, nous allons le voir, des stress tests sérieux et crédibles devraient pouvoir objectivement évaluer.

Répondre donc à la question de savoir si les banques, françaises en particulier et européennes en général sont solides, doit se faire en trois temps :

1/ Crédibilité sur les stress tests bancaires pratiqués.

2/ Evaluation des réglementations prudentielles à venir.

3/ Compréhension de l’évolution du business model bancaire.
 


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DES STRESS TESTS BANCAIRES CREDIBLES POUR VERIFIER LA SANTE DES BANQUES
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Le meilleur moyen de vérifier la santé des banques, c’est effectivement de mettre en  place  des stress tests bancaires sérieux. 
Ceci revient à tester la  solvabilité des banques. En d’autres termes, ont-elles suffisamment de fonds propres pour continuer à développer leurs activités de prêts et pour faire face à de brutales dépréciations d’actifs ?
Cela revient aussi à tester la liquidité des banques : stabilité des ressources clientèle et capacité à lever sans difficulté et à des spreads de liquidité « normaux » de la ressource de marché sous forme interbancaire, ou sous forme d’émissions de titres de créance négociables  type certificats de dépôts à court terme, ou encore d’émissions obligataires à moyen et long terme sur les marchés.

  • Ce type d’exercice est un vrai dilemme.
    Si l’on stresse violemment des risques dits systémiques, alors on crée des phénomènes d’auto-réalisation et cela peut-être contreproductif. En effet, si les marchés avaient la conviction que le système bancaire dans sa globalité était insuffisamment capitalisé (donc affichant des ratios de solvabilité en deça des seuils réglementaires), et s’ils avaient surtout la conviction que les états les plus solides, le FMI, l’UE et les fonds de garantie crées récemment  n’étaient pas en mesure de le « re-solvabiliser » suffisamment, alors on se serait installé dans un cercle vicieux. Banques dans l’incapacité  de continuer à prêter à l’économie et d’investir sur les marchés financiers pour cause d’insuffisance de fonds propres. Donc effondrement de l’économie réelle et chute de presque tous les actifs financiers. Donc hausse des provisions sur le compte de résultat des banques et nouvelles destructions de fonds propres. Donc nouvelles menaces sur la solvabilité des banques.

  •  Cependant, si on ne le fait pas, on perd totalement en crédibilité, et la confiance que l’on aura cherché  à sauvegarder à tout prix, ne sera pas restaurée pour autant.
 

En réalité, la mise en place de stress transparents et crédibles suppose que l’on prenne quand même en compte la dimension systémique des crises, ce qui n’a jamais été réalisé. Il aurait fallu considérer aussi bien dans les stress test bancaires de 2010 que dans ceux de 2011 les deux types d’évènements systémiques récents de l’histoire des marchés, à savoir le risque systémique bancaire (donc celui d’une crise généralisée de la liquidité), et le risque systémique souverain (avec ses conséquences sur le provisionnement des portefeuilles des banques et assureurs, donc crise de solvabilité). Et surtout être beaucoup plus pessimiste sur les haircuts retenus. On sait que, lors du récent plan de sauvetage grec, ces dépréciations ont été forfaitairement fixées  à 21 % du nominal pour les titres d’état grecs avec échéances antérieures à 2020. Ce pourcentage de 21 % est ridiculement faible, et se limiter à des positions arrivant à maturité avant 2020 est trop réducteur.
Au-delà du risque systémique souverain, il aurait fallu stresser la liquidité en volume et pas seulement en prix car c’est à ce niveau que l’on peut réellement tester la résistance d’une banque.
Ceci signifie qu’actionnaires  et analystes soient capables de juger au niveau des banques les éléments suivants :

+ Réserves en titres liquides, sécurisés et très bien notés de l’établissement, et capacité de ces titres à être facilement négociables y compris dans des situations de marché perturbées.
+ Capacité de refinancement de l’établissement sur les marchés ou auprès de la banque centrale, ce qui suppose de pouvoir évaluer la richesse du collatéral mobilisable (titres et créances privées éligibles aux appels d’offres de la BCE, comme les créances hypothécaires et les créances aux collectivités pouvant être adossées à l’émission d’obligations sécurisées).
+ Stabilité des ressources à vue et de l’épargne de bilan longue collectée auprès de la clientèle.
 
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DES EVOLUTIONS REGLEMENTAIRES POUR SECURISER LE SYSTEME BANCAIRE
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A ce stade, il faut néanmoins faire deux réserves.

1/ Le futur environnement Bale 3 protège certes la collecte et l’épargne des agents économiques en renforçant les contraintes  des banques en matière de ratios réglementaires. Mais d’un autre coté,  il complique (on en reparlera) le financement de l’économie.

2/ Les évolutions réglementaires risquent malheureusement d’être totalement inadaptées à la période économique qui nous attend ces cinq ou dix prochaines années. Concurrence de plus en plus vive entre émetteurs publics et privés sur les marchés de capitaux. Rééquilibrages sans doute violents des flux de capitaux internationaux avec une disparition progressive des excédents d’épargne des pays émergents. Nous allons donc rentrer dans un environnement réglementaire qui va devoir s’appliquer à une période économique 2013-2020 probablement peu appropriée à ce nouveau référentiel, et qui aurait du s’appliquer à la période économique 2003-2007, période de trop faible aversion au risque et de non rémunération suffisante de certains  risques, avec des spreads de crédit ridiculement faibles sur nombre d’émetteurs bancaires et corporate.

Ce qui est en tout cas certain, c’est que Bâle 3 va rendre le capital plus rare et plus cher, avec des banques qui devront réglementairement et peut-être même économiquement détenir de plus en plus de fonds propres. Et qui devront financer les crédits à long terme par des ressources à long terme.
 

Les banques seront donc plus stables et plus solides mais ceci ne pourra se réaliser qu’au détriment de l’économie. Avec un coût des fonds propres et de la liquidité plus  élevés, les taux d’intérêt pratiqués à la clientèle ne peuvent que remonter et le prix des services bancaires ne pourra plus baisser.

Dans le même temps, au-delà des recapitalisations nécessaires à la solidité du passif du bilan, il faudra veiller au niveau de l’actif du bilan à économiser des fonds propres en se renforçant sur  les investissements faiblement consommateurs de capital. On pense aux titres d’état des pays les mieux notés même si ceux-ci deviennent de plus en plus risqués, au détriment d’actifs corporate et émergents de qualité fondamentalement supérieure. Attention cependant. Quand on commence à surinvestir sur telle ou telle classe d’actif pour des raisons comptables ou de respect de ratios réglementaires et non pour des raisons purement économiques,  on finit par créer des bulles génératrices de nouvelles crises. Décidément, les régulateurs qui nous incitent à nous surexposer en dettes publiques aujourd’hui au-dessus de tout soupçon risquent d’avoir encore une « guerre » de retard.

 
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UN BUSINESS MODEL BANCAIRE QUI VA FORTEMENT EVOLUER
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1/ Tout d’abord le métier de base qu’est la transformation (transformer des dépôts à court terme en prêts à plus ou moins long terme) est remis en cause.
Les nouveaux ratios prévus LCR (Liquidity Coverage Ratio) et  NSFR (Net Stable Funding Ratio) ont pour objectif de faire en sorte que l’adéquation entre la maturité des emplois accordés et celles de leur refinancement soit la plus forte possible.
Le LCR, qui devrait remplacer le coefficient mensuel de liquidité, va mesurer la capacité d’un établissement à survivre à une période de stress intense d’une durée d’un mois et se calcule comme le rapport entre les disponibilités à 30 jours (constituées d’actifs hyper liquides) et les exigibilités à 30 jours.
Le NSFR est le rapport entre le montant des financements stables et disponibles (fonds propres et ressources de maturité réelle supérieure à un an) et le montant estimé des besoins en financement de maturité supérieure à un an. La nécessité de maintenir un ratio emplois/ressources de financement à un an supérieur à 100% réduit considérablement les capacités de transformation des établissements et remet en cause le métier de base de la banque, à savoir  la transformation des échéances et l’emploi à long terme de ressources empruntées à court terme.
La remise en cause de ce métier fort lucratif en période de courbe des taux pentue (ce qui est le cas historiquement  la plupart du temps) va réduire la marge de transformation des banques (l’écart entre le rendement des crédits à long terme et le coût de la ressource à court terme), et donc fortement peser sur la rentabilité des banques. Tout cela pour dire que ce n’est pas la viabilité des banques et leur solvabilité qui est menacée mais leur rentabilité qui sera, à n’en pas douter, moins forte.

2/ La nécessité de re-développer de nouvelles formes de titrisation
On sait que la titrisation consiste à transformer certaines créances commerciales illiquides figurant à l'actif des banques en titres négociables et liquides. Avec cette technique, les établissements de crédit sortent des créances de leurs bilans. Il y a donc transfert  de risques, amélioration des ratios de solvabilité et retour de liquidité. On sait que dans le contexte des nouvelles réglementations à venir, le ratio de solvabilité est doublement pénalisé, du côté du numérateur car la notion de fonds propres prudentiels est devenue plus restreinte, et du côté du dénominateur car les risques sur les actifs pèsent plus lourds. La titrisation est donc un bon moyen pour réduire  le poids du dénominateur et transférer les risques vers les acteurs des marchés. Encore faudra-t-il trouver des investisseurs capables de souscrire à des titrisations simples, transparentes et sans ressemblance aucune avec l’opacité et la complexité des titrisations des années 2005-2007. Et pour ce faire, le plus important sera de mettre en place des émissions qui auront su titriser des créances, donc des revenus futurs, de qualité.

3/ L’évolution du business model des banques et leur plus grande sécurisation iront de pair avec l’instauration de nouvelles règles par les banques centrales. Leur rôle ne doit plus se cantonner à l’administration des taux directeurs et au pilotage de la liquidité bancaire. Il doit aussi s’articuler de plus en plus autour de cinq types d’interventions destinées à renforcer la stabilité du système bancaire. C’est ce à quoi nous assisterons de plus en plus fréquemment.

 

Utilisation des réserves obligatoires (aussi bien sur les dépôts que sur les crédits), instrument très utilisé aujourd’hui par les banques centrales asiatiques.

Mise en place d’un plafond pour le fameux ratio loan-to-value pour les prêts immobiliers, afin de limiter le risque de solvabilité en cas de retournement du marché immobilier.

Dans la même logique, mise en place d’un ratio Service de la dette /revenu, ce qui devrait éviter d’accorder des crédits à des clients peu solvables. On se souvient en effet de la crise des subprimes. Cette crise concernait un compartiment du marché immobilier américain destiné à une clientèle peu solvable, le système fonctionnant sur la base de taux variables grâce à une garantie prise sur le bien financé. Cette situation était idéale lorsque deux conditions étaient réunies : la hausse continue de l’immobilier, et des taux maintenus durablement à bas niveau. Que l’une de ces conditions disparaisse et le bel édifice s’écroule.

Surveillance de certains ratios et limites de bilan des banques (ratio de fonds propres, taille des ressources empruntées et niveaux des gaps de taux et de liquidité).

Surveillance des  prises de risque excessives pour rétablir la rentabilité des fonds propres. S'ils conservent  la même exigence qu'auparavant de rentabilité des fonds propres, alors beaucoup d’intermédiaires choisiront, pour une même consommation de capital, les actifs les plus risqués. Donc il faudra finir par remettre en cause les normes actuelles de  rentabilité des fonds propres dans ce secteur. On doit se souvenir que l’instauration d’un levier excessif et les prises de risque inconsidérées associées se sont inscrites dans cette course aussi folle qu’irréaliste vers des objectifs de rentabilité déconnéctés des fondamentaux économiques.

 


Mory Doré
Responsable Risques Financiers
Banque mutualiste régionale.

Boursovision 09 / 2011

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