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L’ALLEMAGNE PAIERA
Le slogan célèbre fut le fer de lance de la campagne du Bloc National au lendemain de la première guerre mondiale. L'assemblage de partis de droite entendait financer sa politique sociale, notamment les pensions des anciens combattants, avec les réparations réclamées à l'Allemagne. L'idée trouva son chemin dans l'opinion et le Bloc obtint plus de 70% des sièges aux législatives de 1919. Si la situation géopolitique actuelle diffère quelque peu, la volonté de faire payer les autres pour financer son mode de vie semble quasiment une constante historique. La formule, elle, n'a jamais été autant d'actualité. |
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La Grèce n'en finit pas de se noyer dans sa dette et les regards se tournent vers l'Allemagne. Pourquoi? Berlin est-il responsable de la panade dans laquelle se retrouve Athènes? Mme Merkel ou ses prédécesseurs ont-ils forcé les gouvernements grecs successifs à s'endetter de façon délirante? Le Bundesrat a-t-il la moindre responsabilité dans la situation économique peu reluisante des autres pays européens, Italie en tête, traînant leur dette comme un boulet? Par bonheur, l'opinion publique allemande et les propres partenaires politiques de la chancelière ont ouvert les yeux sur son comportement. Au point que c'est désormais de sa coalition que vient la riposte. « La fronde continuait de plus belle mercredi (7 septembre) dans les rangs de la majorité gouvernementale de la chancelière allemande sur les plans d'aide européens, malgré un rappel à l'ordre mardi d'Angela Merkel à ses propres troupes. Le député euro-sceptique Frank Schäffler, membre du parti libéral FDP qui gouverne avec les conservateurs de Mme Merkel, avait ainsi rassemblé mercredi quelque 1.200 signatures pour l'organisation d'un référendum au sein du parti sur les plans d'aide européens (...) Le député souhaite que son parti, le FDP, s'oppose à toute augmentation des moyens d'aides aux pays en difficulté, qu'il bannisse à jamais l'idée d'obligations communes européennes et qu'il réclame une procédure de sortie de la zone euro des pays trop endettés. Par ailleurs le numéro deux du parti CSU (...) Peter Ramsauer, qui est aussi ministre des Transports, qualifie d'indigestes les nouvelles mesures de soutien aux pays en difficulté adoptées en juillet dernier par les gouvernements européens, qui prévoient en particulier l'achat de dette sur le marché secondaire par le fonds européen FESF. Il estime aussi qu'une sortie de la Grèce de la zone euro ne serait pas la fin du monde. |
Le ministre n'hésite d'ailleurs pas à faire part de son incrédulité, ce qui en dit long sur l'ambiance qui règne aux plus hauts niveaux du gouvernement allemand. Les possibilités se réduisent comme peau de chagrin. Après l'énorme cafouillage sino-italien du début de semaine, laissant planer l'illusion que les Chinois achèteraient de la dette italienne (pourquoi en prendraient-ils alors que même la BCE n'en veut pas?) c'est au tour des BRIC, Brésil, Russie, Inde et Chine, de formuler un refus poli mais ferme. Plus aucun naïf ne croit les déclarations lénifiantes des élites du continent. Aucun chevalier blanc ne viendra de l'étranger pour éponger les dettes pourries de l'Europe.
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Pour colmater les brèches, on cherche des expédients. Les Eurobonds, par exemple. Des dettes mutualisées à l'échelle européenne, permettant aux Grecs, aux Portugais et aux Français de s'alimenter dans un pot commun payé par l'Allemagne. Laquelle payera plus cher ses propres emprunts, et devra absorber l'endettement des pays du sud. Mais rappelez-vous, l'Allemagne Paiera. « En théorie, l’Allemagne n’aurait jamais utilisé l’argent du contribuable pour sauver une banque en faillite. L’une des premières qui tomba, en Europe, fut HypoBank. Et Merkel la sauva. |
En théorie, lorsqu’il s’agit de trouver un successeur à Jean-Claude Trichet, Weber, l’ex-gouverneur de la banque centrale allemande, aurait dû être nommé. Et compte-tenu de ses positions, il aurait été nettement moins coulant : l’orthodoxie allemande, lui, il connaît. Mais voilà. Mario Draghi (...) est un ancien de Goldman Sachs, et l’inflation, les dévaluations, les magouilles et la tuyauterie financière, ça le connaît. [Mario Draghi était vice-président de Goldman Sachs du temps où cette banque aidait le gouvernement grec à maquiller ses comptes pour rester, en apparence, dans les clous des critères de Maastricht.] Eh bien Angela, malgré ce CV impressionnant, a fini par dire oui. » L'Allemagne Paiera - peut-être. La volonté est là, certains détails sont encore flous sur le "comment"... Pourtant la partie n'est pas jouée. |
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La résistance vient de l'intérieur de l'Allemagne, d'une partie de sa classe politique, comme on vient de le voir, mais aussi de ses institutions. Surtout, les juges exigent qu’une procédure de sortie des mécanismes d’aide soit prévue et rappellent aux parlementaires qu’ils ne doivent pas prendre des décisions qui priveraient les futurs représentants de la nation de leur capacité de contrôle sur le budget fédéral. |
On ne peut mieux signifier que toute politique de renflouement automatique des pays de la zone euro est désormais frappée d’anticonstitutionnalité, outre-Rhin. Mieux. La Cour de Karlsruhe a assorti son jugement d’une clause interdisant la mise en place de mécanismes conduisant l’Allemagne à devenir responsable des dettes d’un autre pays de la zone euro. |
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La crise progresse si vite qu'il est peu probable qu'elle attende la succession d'Angela en 2013. Même les présidentielles françaises de 2012 semblent bien loin. La guerre! De qui, contre qui, dans quel but? Peu importe! C'est la guerre, vous dis-je, invoquée tel un fléau biblique (à moins que les Polonais ne confondent avec la guerre contre les extra-terrestres venus libérer Gaïa de ses sales humains, hypothèse invoquée très sérieusement par des adeptes du réchauffement climatique. Riez modérément, tout cela est payé par l'argent des contribuables). L'hystérie pourrait s'avérer contre-productive. A la méfiance éprouvée par l'Européen moyen envers des dirigeants incapables de sortir l'Europe de la crise s'ajoute la froide analyse des tensions intracommunautaires actuelles. Elles sont bien plus le fait de la monnaie unique que de son absence. Les propositions humiliantes des uns et des autres pour forcer les gouvernements à une meilleure gestion n'améliorent pas l'ambiance. Elles sont un avant-goût de ce qui se passera lorsque chacun voudra plus de garanties en échange de ses prêts. |
Si l'Allemagne siffle la fin de l'euro, l'Europe va imploser, très vite.
Stéphane Montabert
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